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Le plus grand risque est de ne rien faire

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Depuis plusieurs années et ce dans beaucoup de disciplines, l’aspect physique de la pratique a pris le pas sur le reste. Les chocs s’en retrouvent de fait démultipliés. Souvent montré du doigt et stigmatisé, le rugby estime avoir pris conscience du problème.

Les terribles dernières images créatrices de buzz ne servent pas l’ovalie. Voir des joueurs percutés dans tous les sens par des mammouths écervelés, à part dans les jeux du cirque, on ne voit pas trop qui cela peut intéresser.

Victime d’un choc violent le 7 janvier 2018 avec Virimi Vakatawa pour son premier match en Top 14, Samuel Ezeala a été immédiatement pris en charge. Aujourd’hui, l’ailier clermontois a totalement récupéré, au point d’être l’une des révélations de ce début d’exercice.Photo AFP/Christophe SIMONVictime d’un choc violent le 7 janvier 2018 avec Virimi Vakatawa pour son premier match en Top 14, Samuel Ezeala a été immédiatement pris en charge. Aujourd’hui, l’ailier clermontois a totalement récupéré, au point d’être l’une des révélations de ce début d’exercice.Photo AFP/Christophe SIMONPhoto : Le Bien Public
Pourtant, passée cette réalité certes réductrice mais collante, il en va tout autrement dans la coulisse. « Si on ne parle pas de commotion, il n’y en a pas », assure en introduction de débat Frédéric Chagué, président de la commission médicale de la ligue régionale de rugby. « Beaucoup de fédérations jouent la politique de l’autruche par peur de la chute du nombre de leurs licenciés. Il y a également pas mal d’enjeux financiers. Je prêche pour ma paroisse mais le rugby est avant-gardiste. »

Plusieurs exemples viennent apporter de  l’eau au moulin de ce médecin. « Depuis un petit moment déjà, il y a eu ce travail énorme réalisé sur les mêlées. Aujourd’hui, il y a la mise en place du carton bleu, l’instauration des règles du toucher de deux secondes et du passage en force chez les plus jeunes (jusqu’à -14 ans). On a aussi sanctionné l’entrée la tête la première dans les rucks. Ça met en danger l’auteur et les autres. »

L’ensemble est ainsi couvert : l’aspect préventif, puis le traitement médical le cas échéant.

Un chapitre entier est d’ailleurs réservé sur le site de la FFR dans la rubrique au cœur du jeu. Tout y est détaillé et notamment les périodes de repos obligatoires à respecter en cas de pépin. « Tout un processus est mis en place avant la reprise du contact. Outre le soin, le joueur en question voit sa licence bloquée. Ce n’est qu’un avis médical qui lui donnera le feu vert pour rejouer. On a aussi instauré des journées sécurité. On invite des éducateurs, des mamans et des joueurs pour les rassurer, permettre de mieux détecter les symptômes d’une commotion et donc agir en fonction. On rappelle aussi des principes, dont celui qui veut que le casque de protège en rien. On éduque sur les règles de base à savoir plaquer avec la bonne épaule. Souvent, il y a un contact entre la tête et le bassin parce qu’il y a un geste technique mal maîtrisé. »

Dans ce contexte où la prévention, l’éducation s’avèrent nécessaires et capitales, la lutte contre les préjugés demeure aussi permanente. « On ne voit que des matches élite à la TV, les chocs sont forcément violents. Mais il y a une différence entre un mec d’1,90 m qui court le 100 mètres en 10 secondes, et un enfant. Ce n’est pas le même impact. Il ne faut pas tout mélanger. »

Il rassure d’ailleurs dans la foulée : « Le repos total du cerveau est capital. On le sait, c’est une priorité. Avant, la commotion faisait rire. Quand un type perdait la mémoire et ne savait plus ce qu’il faisait ou qu’il titubait, ça faisait marrer les copains. Aujourd’hui, il y a des signes alarmants, le rugby s’en est emparé. »

Une réflexion sur l’idéologie même du jeu a fini par voir le jour. « On remet l’évitement au centre du sujet. Si on l’encense plutôt que le chamboule tout, le processus sera inversé. Et quand tu prônes l’évitement, le nombre de commotions va automatiquement baisser. Je me souviens que lors de courses des Blanco, Lagisquet, les gens s’enthousiasmaient. Désormais, ils le font sur des tampons. Dans le rouge, il y a bien longtemps que l’on y est, mais c’est en train de changer. En plus , certains joueurs comme Jamie Cudmore (ex-Clermont) se sont retournés contre leur ancien club. Les assurances sont en passe de réagir, ça va encore beaucoup bouger. »

Il conclut, déterminé : « En rugby, on voit les choses en face. Le risque existe. On le sait, on fait en fonction. On peut aussi dire aux gamins de ne rien faire et de rester dans leur canapé à faire de la Wii. Le plus grand risque est de ne rien faire ».

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